Faut il que je laisse toucher les blessures qui ne guériront pas chaque fois que je ressuscite ?

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Faut il que je laisse toucher les blessures qui ne guériront pas chaque fois que je ressuscite ?
Il y avait une fois, dans un coin, un petit serpent vert qui s’entortillait sur lui-même sans cesse. Il ne voyait pas que cela ne le menait à rien, qu’il ne pourrait rien lui arriver tant qu’il continuerait à agir de la sorte. Comme il ne voyait pas ce qui se passait autour de lui, il ne se posait pas vraiment la question…
Alors, c’est à ce moment là qu’intervient la rupture dans les histoires de ce genre qui n’auraient sans ça plus du tout d’intérêt, déjà qu’on se demande.
Alors donc, c’est à ce moment là qu’une sorte de projectile lointain et lourd, explosif également à l’occasion, vint s’écraser sur la maison, car il était dans un coin, ça on l’avait compris, mais un coin d’où et de quoi, personne ne s’en était préoccupé, alors on ne s’en préoccupera pas. Donc après cette rencontre inopinée entre le mur de la maison et le projectile identifié, le coin où se tortillait le serpent ne fut plus ; et même si pendant un bon moment il n’y eut que fumées et nuages de poussière, il fit finalement jour. Le petit serpent qui n’avait pas même remarqué tout ce remue-ménage (qui n’avait rien nettoyé notons le bien à part au sens de quelques imbéciles qu’on ferait mieux d’ignorer avant de s’énerver), se trouva finalement ébloui par la lumière, cela lui fit un effet étrange comme quelqu’un qui sortirai brusquement la tête hors de l’eau, d’ailleurs c’est un ce qu’il fit, alors qu’il passait son temps à poursuivre le bout de sa queue il releva soudainement la tête. Son premier réflexe fut, si l’on pouvait le traduire en langage parlé, de dire : « Hiiiinhhhhh, ma queue ! » puis « ah, ben non, elle est toujours là ».
Ayant enfin fait cette constatation, elle ne devait plus jamais le préoccuper.
Alors là, si nous avions eut envie de vous emmerder, nous aurions raconté avec plus ou moins de succès de quelle façon il alla se promener dehors, rencontrer des grenouilles et des larves blanches, des cafards et des albatros. Comment il se retrouva prisonnier d’un petit trou et sa rencontre avec une vipère bavarde comme une pie. Comment … non… et comment elle devait mourir tragiquement avalée par un lièvre égaré. Et puis le combat final, même pas du bien contre le mal (vous vous êtes trop habitués), avec le chien errant (qui poursuivait le lièvre au début, alors s’il l’avait eut il eut été le héros inconnu de cette histoire là) et finalement la mort du petit serpent vert, brisé par une tige de fer souple ou quelque chose de ce genre.
Mais ce n’est pas ça qui nous intéresse ici, ce qui compte c’est que le petit serpent vert qui avait passé sa vie a tourner dans un coin (ce qui explique aussi qu’il soit mort si rapidement par la suite, quoi que la vie est courte on ne le dit pas assez) avait finalement pu s’ouvrir au monde, à une vie sinon trépidante d’aventures, d’amours interdits et de malheurs, de rencontres fortuites et inespérées (ou non désirées, comme vous voulez). Bref, en ce jour de commémoration de sa mort (pourquoi pas), prions… (non, sérieux, c’est pour la forme, vous formalisez pas).
A venir: histoire du lièvre tapageur (ou autre adjectif qui vous conviendrait mieux)
Un après midi qui ne ressemble pas aux autres, elle n’est pas partie depuis longtemps. Un peu de soleil qui passe, qui ne ressemble pas à celui des jours précédents. Quelque chose qui appelle, quelque chose qui sonne, une promenade dehors, un peu de vent qui fait tourner ses cheveux puis qui caressent son visage. Un peu de vide, un peu de rien qui interpelle, une petite chose tranquille qui respire, qui voit venir la surface de l’eau vers elle, sans cligner de l’œil. Quelque chose qui coule tranquillement comme une ivresse à peine atteinte, qui stagne dans les limites observant de part et d’autre où choisir d’atterrir, une envie de se perdre dans un bar enfumé en écoutant un vieil homme à la voix cassée chanter accompagné d’un pianiste un peu saoul quelque chose de perdu proche du jazz.
Ce soir ma dame ne porte plus de rose, elle a laissé ses gais fourreaux aux vestiaires, enveloppée même pas de noir mais de son gris sale trop usé pour le croire, elle se glisse le long des murs, je la sens qui me murmure, elle voudrait que j’aille tout droit où elle se mure. Elle se promène tout en haut, tout en bas, elle danse dans un espace qu’on n’imagine pas, elle se laisse porter par une vague attractive mais jamais elle ne se sort de là, ses chaînes lorsque je les vois la tirent par ci par là, de sinueux fantômes tiennent ses joues bien rebondies illusionnant ses sourires mal remplis. Ce soir ma dame lasse, avachie sur un rebord de son mur froid ne dormira pas, nue lorsque soufflera le vent qui ne nous épargne pas, elle le laissera emporter les fragments trop lourds de sa peau, les gouttes en ruisseau trop chaudes, les pages manuscrites par son regard, non, ne se détacheront pas.
La nuit s’est couchée sur elle, le silence fait résonner la musique dans le petit enclos, elle ne sait pas dormir, le monde se vide devant elle, quelque inquiétude l’attrape par le pied, ses journées sont courtes et elle ne quitte pas l’enclos, elle voudrait le détruire à coup de pied, y laisser rentrer les créatures qui rampent la nuit, qui rongent l’ennui… Quelques petites choses pourraient le rendre plus habitable, elle sait, de fausses petites choses chasseraient ses pensées. Elle se sent coupable, elle le sait, il est vrai.
Un autre jour où elle ne trouva pas le sommeil, elle alla à la fenêtre de sa chambre pour regarder en bas. Lorsqu’elle vit le jardin elle eut un sourire illuminant ; puis un problème se posa à elle et le sourire ne devait plus réapparaître. En effet, le jardin était beaucoup plus bas, il s’était éloigné de sa fenêtre entre temps, il s’était enfoncé dans une terre qu’elle ne pouvait pas reconnaître, et elle n’avait aucun moyen de le rejoindre, la passerelle qui s’était offerte à elle des jours auparavant avait totalement disparue. Bien que sous ses yeux, le jardin semblait plus inaccessible que lorsqu’il n’était qu’un flou souvenir d’une nuit embrumée. Elle avait beau scruter, analyser tous les recoins du paysage, il n’y avait nul arbre suffisamment proche pour descendre jusqu’à lui, nulle branche à laquelle se rattraper. Elle regardait en bas les foisonnements floraux méticuleux, les formes, les odeurs, les textures qui l’avaient attirée jusque là auparavant et une sorte de rage interne commençait à se manifester comme une insinuante et agaçante moutarde, quelque liquide qu’elle n’avait pas connu dans son organisme attaquait sa chair partout où il semblait s’être irrationnellement répandu. Elle continuait de scruter l’inaccessible verdure, aucunes solutions ne s’imposant à son esprit, incapable de refermer la fenêtre ni de se rendormir. Elle étudiait les possibles endroits qui pourraient amortir une éventuelle chute accidentelle (bien que l’évidente impossibilité de remonter par la suite ne cessait de tracasser son éthique personnelle) lorsque de l’autre coté du jardin une lueur lui apparut, la lueur car ses yeux ne pouvaient pas ne pas la reconnaître à présent. Les pulsations de son esprit s’affolèrent, son cœur suivit plus encore, elle savait ce que cela annonçait. La lueur s’agrandissait en passage et quelqu’un le traversa, et cette traversée n’avait rien à voir avec la disgrâce qui avait été la sienne. Le liquide se mit à bouillir, sa rage explosa littéralement, brûlant au passage tout ce que son sang pouvait innerver comme organes, faisant hurler sa chair, honnissant cette personne effrontée qui osait pénétrer dans son antre. Une armée d’insultes sans aucun sens commun avec ce que criait son organisme entier voulait s’échapper sans pouvoir franchir sa gorge, son corps était paralysé de tremblements internes et de séances d’électrochocs croissantes, elle bascula, s’évanouit sans savoir où.
...
Elle se redresse, elle voit la mer juste devant elle et une île. Le soleil n’est pas très haut, il y a peu de bruit, le bruit des vagues qui caressent le sable, quelques oiseaux au loin, derrière, elle sait ce qu’elle risque de voir et ce que cela implique alors elle ne se tourne pas. Elle regarde encore devant, l’île n’est pas si loin, elle pourrait peut être la rejoindre à la nage mais l’eau lui fait peur. Elle ferme ses yeux, enfonce ses mains dans le sable, où est passé tout ce temps, elle ne retrouve rien. Elle ne sait pas très bien ce qui a changé depuis, elle ne se souvient plus ce qu’elle a fait depuis et comment elle a pu se retrouver à nouveau ici. Elle n’a plus très envie d’aller ailleurs, elle sait ce qu’elle trouvera là, le temps passe sans rien, rien n’arrive, rien ne change, il y a une boucle dans laquelle elle se laisse porter sans chercher à la briser, sans chercher les points qui la relient au reste. La boucle est étroite, tourner dessus finit par amener cette sorte de nausée montante de plus en plus agaçante indétachable de cette plongée hypnotique en son centre, jusqu’où peut on aller comme ça ? La matière sous ses yeux cesse d’être matière, il n’est que du vide autour d’elle et elle se tient au bord jusqu’à ce que la boucle s’effondre en elle-même, détruisant la monotonie meurtrière qu’elle avait créée, le glissement rappelant la dureté de l’être. Elle a envie de se laisser flotter sur l’eau mais la mer lui fait peur. Elle pourrait la transformer mais elle n’en a pas envie, elle veut qu’elle reste ainsi, ses doigts jouent dans le sable comme s’ils voulaient s’y raccrocher, mais il n’y a rien auquel elle puisse se rattacher, elle peut être balayée d’ici comme un rien et retourner errer d’où elle vient. Elle regarde l’île à nouveau, elle n’a pas vraiment envie d’y être, rien ne l’attire réellement, ce n’est qu’un petit tas qui s’est isolé de tout, ce n’est qu’un autre petit tas semblable à ceux derrière elle, posé en visibilité, ses yeux ne changent pas d’horizon, elle ne regarde pas derrière.
Elle s’allonge à nouveau dans le sable, elle ferme les yeux, il n’y a rien à faire, il n’y a que ce calme trop concentré pour passer dans les tuyaux qu’on lui avait destiné.